La Liberté – Un cellier qui affiche la couleur

Grands crus • Fondée en 1988, la maison «La Couleur du Vin», basée à Givisiez, vient d’ouvrir un quatrième magasin, à Sion. Elle lance en outre un guichet de vente en ligne.

Thierry Sozo est indubitablement un passionné. Dès qu’il se met à parler du vin, son visage s’éclaire, son regard devient brillant. Et ce n’est pas étonnant. L’univers vinicole, c’est tout simplement sa vie. En 1988, âgé alors de 23 ans, il fonde «La Couleur du Vin», un cellier proposant, à la rue du Criblet, à Fribourg, des crus de terroirs naturels, à des prix accessibles. Près d’un quart de siècle plus tard, l’affaire a prospéré. La maison mère a déménagé en 2001 à Givisiez, avant l’ouverture de trois nouveaux celliers à Bulle (2011), Lausanne (2010), et, tout récemment, Sion. «La Couleur du Vin» lance en outre ces jours un guichet en ligne, permettant aux amateurs d’acheter leurs bouteilles préférées depuis leur domicile. La livraison est garantie dans les cinq jours ouvrables. «A une écrasante majorité, nous vendons nos vins à des particuliers. Il est donc important d’être proches d’eux. Ce sont des gens qui recherchent la qualité, et qui sont sensibles à l’origine des produits», note Thierry Sozo. Chez qui on ne trouvera donc pas de vins industriels «produits à coup de levures», pour lesquels «on met en avant un cépage plutôt que la région de provenance».

Un peu par hasard
Originaire du Sud-Ouest de la France, l’homme est arrivé un peu par hasard à Fribourg. Cuisinier de formation, il trouve de l’embauche dans un restaurant. Avant d’ouvrir «La Couleur du Vin», trois ans plus tard, avec Monika Steiner qui deviendra par la suite son épouse. L’important, pour eux, c’est notamment de connaître parfaitement ce qu’ils vendent. Thierry Sozo parcourt ainsi 30000 kilomètres par an au volant de sa voiture pour aller à la rencontre des vignerons. Au fil du temps, il a noué des liens d’amitié avec certains d’entre eux, auxquels il reste très fidèle, proposant leurs produits depuis longtemps. «La plupart de nos crus viennent de l’Union européenne (France, Italie, Espagne). Nous les sélectionnons avec soin, ils sont vinifiés par des hommes et des femmes qui préservent l’héritage des anciens en maintenant l’équilibre du vivant et du végétal», poursuit-il.

Une lente maturation
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les prix de «La Couleur du Vin» ne sont pas prohibitifs. «Vous trouverez des bouteilles à 10 francs chez nous. Et le 80% de notre chiffre d’affaires est réalisé à partir de crus vendus entre 15 francs et 40 francs le flacon», précise Thier-ry Sozo. Qui ne donne aucune indication chiffrée sur le volume des ventes. Cette philosophie orientée vers la qualité a permis à la société – laquelle emploie quinze personnes sur ses quatre sites – de croître, mais en douceur. Un peu comme un cépage noble qui parvient lentement à maturation. C’est qu’il fallait consolider l’entreprise avant de la développer. Car la concurrence est rude: il y a en Suisse 2500 maisons de vins. «Ce n’est pas compliqué de se lancer, il suffit d’un téléphone et de quelques cartons. Mais après l’euphorie des premiers mois, nombreuses sont les désillusions. Aussi est-il primordial de bien connaître son métier. J’ai poursuivi mon apprentissage durant des années, et même aujourd’hui, j’aime dire que je suis en formation continue», relate Thierry Sozo. Qui compte bien poursuivre le développement de sa PME: d’autres celliers estampillés «La Couleur du Vin» devraient fleurir dans toute la Suisse romande ces prochaines années.
françois mauron