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Bouteille à la mer

Lancer une bouteille à la mer ou faire un vers, s'interroger, déranger, dialoguer, échanger, placer l'humain au centre du tout et apporter sa pierre à l'édifice. Parfois la bouteille revient…

certains articles ont fait l'objet d'une publication au sein de la rubrique "Trou du fût" écrite par Thierry Sozo dans la partie magazine du quotidien La Liberté

Produits toxiques

L’économie virtuelle, celle qui a perdu le sens des mots honneur et travail, a remis au gout du jour l’expression “produits toxiques”. Ce terme que l’on croyait  réservé aux produits chimiques est employé dans les médias de manière quasi quotidienne depuis quelques semaines. On découvre même avec quelle efficacité nos dirigeants sont capables de s’en débarrasser de manière offshore. Désuétude des petits hommes. Je rêve que l’on trouve des solutions aussi rapide pour nous débarrasser des véritables produits toxiques. Ceux qui polluent l’alimentation, les boissons, le vin que j’aime, et déjà nos enfants. Plus occupé à titriser nos craintes,  le dernier film de Jean-Paul Jaud sortie au début de ce mois, pourrait passer inaperçu et nous faire oublier que le danger, le vrai, est ailleurs : dans nos assiettes et dans nos verres. A la veille des repas de fêtes, synonyme de partage à la lueur des bougies, que l’achat de vins naturels et de mets sains, issu d’une agriculture respectueuse, soit le constant apanage des consommateurs responsables. Je vous invite à visionner la bande-annonce sur le site www.nosenfantsnousaccuseront-lefilm.com. Pour ne pas dire que nous ne savions pas et pour que vos enfants ne vous accusent pas. 

Paru dans La Liberté, décembre 2008.

Décapant

Depuis quelques semaines, traders et fonds de placement se délestent via Bordeaux de leurs crus classés qui atterrissent, par lot entier, dans nos boites de mails. On reçoit même des offres de premiers crus en caisse de…trois bouteilles. Histoire peut-être de faire passer la pilule des 600 euros de moyenne par col. Façon Belmondo dans Flic ou Voyou : j’me marre, il y a de quoi non ?! L’aberration des prix pratiqués par certains bordelais depuis 2003 est en train de se payer cher. Mais surtout, ils vont (peut-être?) comprendre que le vin est vendu quand il est bu. Si possible par des amateurs réels et non des “spéculateurs virtuels” qui se parkérisent à coup de ratings sans être capable de faire la différence entre un pinot noir et un merlot. Heureusement, la crise est un bon produit nettoyant, mais qui met parfois du temps à agir. Tenez, il y a quelques jours, deux jeunes fribourgeois, amateurs de vins, ayant un doute sur un achat fait durant la Foire de Fribourg, sont venus nous demander conseil. Un Chorey-les-Beaune et un Fixin villages leur ont été vendus respectivement 49.90 et 63 frs la bouteille, facture à l’appui. Vous avez bien lu, plus de 670 francs pour douze bouteilles de bourgogne-village. Là, c’est plus un produit nettoyant qu’il faut, c’est du décapant !

Paru dans La Liberté, novembre 2008.

Abberation

Ce mois-ci, la législation européenne déterminant les limites maximales de résidus (LMR) entre en vigueur pour les 27 pays membres de l'UE et c’est une véritable aberration. Si l’on peut saluer la volonté d’harmonisation, il est regrettable de constater que cela se fasse par le haut. Alors qu’une frange d’agriculteurs, et donc de viticulteurs, tend à réduire de façon drastique les pesticides, les “spécialistes” de Bruxelles n’ont rien trouvé de mieux que d’en fixer l’utilisation à la limite maximale, laissant aux états le soin d’en abaisser le taux au niveau national. C’est ce que l’on appelle du courage politique ! Mieux, le directeur général de l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP), s’en félicite en rappelant, je cite, que "les limites maximales de résidus de pesticides ne sont pas un indice de toxicité, mais un indicateur de bonnes pratiques." Super, on est en bonne voie pour léguer des champs de détritus invisibles aux futures générations. S’inquiéter des risques de Mühleberg est à côté de l’enfantillage et les 1.100 produits phyto-pharmaceutiques répertoriés ont  un bel avenir. Et nos vignobles, et nos vins fins ? Aller, dormez braves gens il restera toujours  assez de copeaux de bois, de levures oenologiques et autres aromates pour préserver ce délicieux fruité du carton d’action à demi-prix. De beaux cancers au rabais en perspective…

Paru dans La Liberté, mercredi 16 octobre 2008.

 

Le Bordeaux Primeurs 2007

2007, le dernier millésime bordelais présenté aux professionnels du monde entier fin mars, est l’objet de toutes les spéculations. Un terme à prendre ici dans sa forme interrogative et non vénale car sur ce millésime, les spéculateurs- buveurs-de-notes-Parker sont dans les cordes. 2007 est un millésime de dégustateurs. Des vrais. Pour résumé, la qualité du 2007 repose sur deux facteurs. D’une part, celui du risque qui a consisté à ramasser le plus tardivement (octobre) les cabernets. Ceux sont eux qui garantiront  l’essentiel de la réussite du millésime. Et d’autre part, et pas des moindre, le facteur  de l’intelligence. Celle qui a consisté à vinifier sans extraire. Résultat des courses ? En vingt ans de dégustation de primeurs à Bordeaux et compte tenu des connaissances oenologiques actuelles, 2007 est un des millésimes les plus hétérogènes qui m’est été donné de déguster. Deux catégories se distinguent. La première, celle des perdants, est composée des vins light, parfois prêt pour le bag-in-box et d’autres, durs, rêches, extraits à outrance, surboisés quand ils n’ont pas été masqués. Et là, il y a des ratages “classés” illustres et flamboyants…. Dans la catégorie gagnants, les vins offrent un très bel équilibre fruit-acidité, plus linéaire, avec des tannins souples qui ne permettront certes pas deux décades de vieillissement (mais qui attend 20 ans pour boire ses vins ??), mais qui feront plaisir pour entamer la prochaine décénnie et laisser tranquille les 2005. Un millésime qui est finalement plus traditionnaliste, favorisant la finesse à l’extraction, plus classique, moins atlantiste, plus bordelais peut-être…Reste la question du prix. Cette dernière peut se résumer plutôt à “quand” qu’à “combien”. Quand le 2007 sera t-il vendu ? Dans quelques semaines, avec des baisses substancielles ou d’ici dix-huit mois quand le vin sortira en bouteille? Mesdames et Messieurs les bordelais, prenez contact avec votre banquier car en ce moment, nos amis chinois sont un peu fachés…

Paru dans La Liberté, mercredi 23 avril 2008.

 

Parole en or

Entre 10 et 12 euros la bouteille de Mouton-Rothschild. Ce n’est pas son prix de vente mais son prix de revient, dixit Alain-Dominique Perrin, administrateur exécutif de la Compagnie Financière Richemont. L’interview qu’il a donné à La Revue du Vin de France ce mois-ci commence à faire tousser sérieusement le “milieu” bordelais. Sur trois pages, le flamboyant entrepreneur et rénovateur de Cartier balance ses quatres vérités. Que dis-je balance, il leur fait une ordonnance et une sévère, il disperse, il ventile pas façon puzzle style Blier chez Audiard, pire : avec méthode et réalisme. Il a raison : produire un premier crus ne coûte pas plus cher que produire un bon cahors. Et l’homme y va encore plus fort en posant la question de savoir si les bordelais oseront facturer 500 euros un millésime 2007 médiocre. Il est fou ce mec ! Des propos pareils, sur d’autres vignobles, t’es obligé de mettre un gilet pare-balles… Pourtant, si jugez un millésime avant la fin totale de son élevage est un exercice délicat, il est clair que 2007 ne sera pas 2005. Cela dit, et comme toujours, c’est encore dans ces petites années que l’on remarque ceux qui sont le plus sélectif. Là ou Alain-Dominique Perrin frappe encore plus fort, c’est lorsqu’il s’insurge des prix pratiqués par les grandes étiquettes bordelaises. L’homme du luxe est intouchable et peut se permettre de penser tout haut ce que beaucoup disent tout bas : ces vins ne sont plus pour boire mais pour spéculer. Ca et là, grondent les réactions effarouchées des milieux bordelais, certains frisant le ridicule comme celle lue sur le blog d’un viticulteur négociant qui affirme, je cite, que la liberté de ton ne doit pas être guidée par de l’amertume, de la jalousie et de la démagogie. Quand on connaît le bagage professionnel d’ADP et sa réussite, on s’étouffe presque de rire…
La question n’est pourtant pas de savoir si ADP à tort ou raison, mais juste de savoir quand ses propos se vérifieront. Un peu comme dans les subprimes, ce n’est pas la chute qui intéresse, mais l’ampleur de la blessure à moyen terme. TS

Paru dans La Liberté, mercredi 27 février 2008.

Loterie champenoise

Avec plus de 300 millions de bouteilles vendues par année, la Champagne peine à satisfaire la demande mondiale. De Pékin à Saint-Pétersbourg, la bulle française semble retrouver le faste tsariste avec les oligarques du pétrodollar qui s’émoussent au moindre profit. Résultat, c’est la pénurie ma bonne dame ! Plus de stocks, les prix s’envolent et pas moyens de produire plus. Car la Champagne est une appellation d’origine contrôlée (AOC). Très contrôlée même, si l’on pense à l’anecdote survenue aux Vaudois du village éponyme. Pas question de faire n’importe quoi, l’AOC c’est l’AOC, le terroir c’est le terroir. Obtenir un hectare de plus pour planter du raisin, que nenni ! Vous imaginez un cru classé bordelais déborder ses parcelles de quelques mètres carrés pour produire deux cents caisses de plus ? Ca va ou bien ! Contrôlé, je vous dis, mais voilà, certains ont été pris d’amnésie ou de malaria quand à l’origine de l’AOC (promulguée en 1927). Pour satisfaire la demande, le Syndicat général des vigneronsn’a pas hésité à voter en faveur d'une modification de l'AOC afin d’élargir la zone de production. Certains se frottent les mains et ils le peuvent car la parcelle agricole de quelques milliers d’euros va faire la culbute. C’est mieux que le loto ma petite dame, c’est le numéro gagnant plus le jackpot ! Car, l’hectare d’AOC champagne se négocie autour du …million d’euros ! Incontrôlé ? Peut-être, assoiffé sûrement. En pleine période de voeux, on peut leur souhaiter deux choses. La première, c’est des profits : qu’ils en fassent suffisamment… quand la prochaine crise surviendra. La deuxième, c’est de mettre en place une bonne opération de communication quand il faudra expliquer aux touristes pourquoi on aperçoit les vignes de Champagne depuis… la butte Montmartre. TS

Paru dans La Liberté, mercredi 30 janvier 2008.

Inculte

Il n’est plus utile d’être programmateur pour pianoter sur un clavier. Aujourd’hui, une multitude de logiciels existent pour répondre aux besoins de bureautique et de loisir. Idem pour le vin qui, en l’espace de vingt ans, s’est démocratisé pour s’ouvrir à un large public. Point besoin d’être “œnologue” : revues, journaux, émissions de télévision, livres…le vin est partout et le connaître est devenu un effet de mode. Hier réservé à quelques initiés, aujourd’hui, presque un standard culturel qu’il est bien de mentionner dans un cv ou une conversation. A croire que plus on en parle et plus on devient connaisseur. Mais voilà, en informatique, il va falloir rapidement faire preuve de réelles connaissances pour aller plus loin. En vin, il semble qu’il en soit tout autre. Comme au poker, on peut bluffer très longtemps. Hier buveurs d’étiquettes, aujourd’hui buveurs de points et de notes en tout genre, abattent les cartes d’une inculture nocive. L’amateur, le vrai, sait qu’une connaissance approfondie passe par la maîtrise des techniques de dégustation. Avant de revendiquer haut et fort ce qu’il déguste, il essaie de comprendre. L’illustre Docteur-Oenologue Emile Peynaud, dans les années cinquante, arpentait le vignoble bordelais sur son vélo. Il portait ses premières expériences d’une oenologie balbutiante aux propriétaires. Méprisants au début, certains l’accueillaient même à coup de pierre, persuadés que le savoir se transmet par le sang. Le zèle de l’ignorance face au savoir…Il a fallu des décennies pour faire comprendre que la vinification s’apprend. Il en faudra autant pour la dégustation. Le consommateur a tout à y gagner. TS

Silence

Quand j'entends discourir des cons au restaurant, je suis affligé, mais je me console en songeant qu'ils pourraient être à ma table. Frédéric Dard

Du 2005 explosif

Quel est le comble de la bêtise ? Vendre des premiers crus de bordeaux 2005 à passer 700 francs la bouteille ou les acheter ? Autrement dit, la passion a t-elle des limites ? Car, vous serez d’accord avec moi, à ce tarif c’est forcément un signe de passion. Pas d’argent entre nous. Quoique, prenons un exemple. Un commerce de vin de taille moyenne, qui veut proposer cinq premiers crus, à raison d’un stock de 10 caisses chacuns, aura à débourser la “bagatelle” d’environ…300.000 francs suisses la palette ! Et encore, s’il a pu acquérir en premières tranches. Quand à l’acheteur, pardon, “l’amateur”, il payera, toujours en moyenne, 10 000 francs suisses pour en obtenir douze bouteilles. Bon, c’est vrai, afficher une Ferrari du vin sur table ça en jette. Problème : s’il veut profiter de l’aura médiatique qui entoure la folie des primeurs 2005, il y a urgence à ne pas consommer le nectar trop tard. Et oui, comment dire dans trente ans : “tu sais combien je l’ai payé ? sans friser le ridicule (voyez les 2003…). Car, soyons clairs, il y a eu et il y aura encore des grands millésimes. Ni mieux, ni moins bien que 2005, simplement différents. Car, si chez Ferrari on stoppe tôt ou tard le montage d’une série, la vigne, elle, produit chaque année… Quand certains fonds de pension anglo-saxons vont se désengager et déstocker, l’ambiance risque d’être chaude. Heureusement, les bons vins ne manquent pas. Tenez, en ce moment, je découvre les vins Corse : c’est très bon, unique et les prix ne sont pas…explosifs ! TS




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